Aymeric Moreau
Une expérience unique.
J'avais découvert Alain, le dernier maître barbier de Paris et barbier de Johnny Hallyday, grâce aux réseaux sociaux. Réservation faite le 31 mars pour le 22 juillet à la descente de l'avion (je vis à Montréal). L'excitation montait à l'idée de me faire chouchouter par un maître barbier... qui plus est, à Paris.
Plein d'enthousiasme, je me suis rendu dans sa modeste échoppe au charme un peu désuet. Lorsqu'on entre dans cet espace empreint de nostalgie, l'air est imprégné d'un mélange subtil de parfum et de talc. Les étagères sont remplies de petits pots et autres tubes de crème, chacun renfermant une histoire olfactive unique, mêlant des essences d'époques révolues. Une collection hétéroclite de rasoirs et d'assiettes de toutes formes et tailles est suspendue aux murs. Une ode à la barbe.
Cependant, le salon d'Alain porte les marques du temps et manque cruellement d'amour. Le fauteuil, autrefois luxueux, montre des signes d'âge et de fatigue, mais reste toutefois confortable et accueillant. Les miroirs, jadis étincelants, portent maintenant la patine du temps, reflétant une histoire longue. Le plafond, principal point de vue lorsqu’on se fait faire la barbe, arbore un arrangement improbable d'ampoules. C'est comme si le salon lui-même, figé dans un moment d'antan, attendait une main aimante pour raviver sa splendeur passée.
Et puis, il y a Alain. C'est ici que l'enthousiasme se heurte à la colère. Quelle déception ! Pendant 2 mois, j'avais laissé ma barbe pousser, anticipant la créativité du dernier maître barbier de Paris, celui-là même qui avait relooké Johnny. Quelle excitation de rencontrer le personnage : j'adore les gens passionnés, pour apprendre d'eux et découvrir ce qui les fait vibrer, pour explorer leur parcours.
Si Alain s'est révélé passionné par ses rasoirs, pendant les 45 minutes que nous avons passées ensemble, une certaine condescendance teintée de mépris a anéanti tout ce que je cherchais en lui. Réponses laconiques à mes questions sur son parcours, sa passion ont éteint mon enthousiasme initial.
En découvrant le résultat de son travail, j'ai eu la nette impression qu'il avait agi comme ces tatoueurs qui écrivent "idiot de touriste" en kanji sur le bras d'un client excité à l'idée d'avoir une citation empreinte de sagesse japonaise.
Soit il l'a fait exprès et Alain est un être méprisable, ou bien, sur le plan professionnel, le maître a perdu sa maîtrise : complètement asymétrique, la taille d'une joue faite de lignes droites contraste avec l’autre joue taillée en courbe. La taille du bouc, une fois encore asymétrique et pas qu’un peu, et la ligne de cou, droite comme une route de montagne.
Les plus grands professionnels savent se retirer au firmament de leur gloire, les autres finissent ringards et dépassés. Il est temps de raccrocher le rasoir, maitre barbier.
Comme je le disais, une expérience unique : on y va une fois, et on n'y retourne plus. L'enthousiasme initial s'estompe, laissant place à la frustration et à la colère devant cette rencontre qui aurait pu être un moment de partage, mais qui s'est transformée en un moment de déception teintée de condescendance.
Ci-joint, quelques photos a la sortie du salon.